Glop - Pas glop

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Loppsi, Loppnon

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Les Français vivaient dans la terreur d’être égorgés à tous les coins de rue. Venant à leur secours, le Président de la République déclara alors une « guerre nationale » contre la délinquance dans son « discours de Grenoble ». La loi LOPPSI 2 fut votée dans la foulée. Elle prévoit la bagatelle de six mois de prison, 3 750 euros d'amende, et confiscation du matos contre la « vente à la sauvette », c’est-à-dire « le fait, sans autorisation ou déclaration régulière, d'offrir, de mettre en vente ou d'exposer en vue de la vente des biens ou d'exercer toute autre profession dans les lieux publics en violation des dispositions réglementaires sur la police de ces lieux ». Ouf, on respire ! On peut enfin dormir sur ses deux oreillers, à condition cependant de ne pas les avoir achetés dans la rue… car le « recel de vente à la sauvette », ça peut chercher loin, surtout s’il y a deux oreillers puisque dans ce cas il y a peut-être récidive, peine plancher et tout le bazar.

Vous me demanderez : « comment peut-on prouver que j’ai acheté mes deux oreillers dans la rue ? » La réponse est dans la loi LOPPSI 2 : avec les caméras de surveillance installées dans la voie publique. A cet égard la com’ législative a fait fort. Les caméras de surveillance s’appellent désormais « vidéo-protection ». Si vous prenez une raclée devant une caméra, en effet, vous ne saignez pas, puisque vous êtes vidéo-protégés. Vous n’avez qu’à essayer, pour voir.

Il reste qu’avec les camarades de la section Glop-pas-Glop, on est ennuyés. Le premier mai, en effet, on vend le muguet sans déclaration, à la sauvette quoi. Il paraît qu’on continuera de le « tolérer ». Faudra voir. En tout cas, s’ils ne le tolèrent pas, on risque de devenir intolérants. Quant à ma grand-mère, qui vend ses haricots verts en free-style pour boucler les fins de mois, elle est inquiète. Elle se demande si ce n’est pas à cause d’elle qu’on a fait LOPPSI 2. Je l’ai rassurée en lui disant que si on lui confisque les flageolets, ils ne seront pas perdus pour tout le monde. Puis en période de guerre on réquisitionne, c’est normal.

Et pendant que mémé flippe pour ses haricots, la délinquance financière s’épanouit paisible. Et qu’on te gruge les comptes de la boîte pour « justifier » un plan social, et qu’on dissimule les actifs de la société pour délocaliser ses usines en douce, et qu’on provoque artificiellement des déficits pour justifier fermetures et suppressions de postes, et qu’on planque le pognon dans les paradis fiscaux…

Pour les délits ordinaires, ce n’est pas mieux. Les procureurs, « maîtres de l’opportunité des poursuites », grondent opportunément les fils de famille et poursuivent en justice les enfants des pauvres gens. Dans certains ghettos de riches, la police a tout bonnement renoncé à flanquer des amendes pour les infractions routières. L’amande c’est pour ceux qui n’ont pas un radis : c’est logique. Vous ne me croyez pas ? La Section a envoyé un camarade à Val d’Isère avec mission de revenir avec une amande. Si si, je vous le jure. Le copain, qui a pris la mission à cœur, a essayé de se faire toutes les infractions du Code, devant la police bien entendu. Rien ! En désespoir de cause, il s’est barré en laissant sa vieille bagnole en stationnement gênant sous un panneau d’enlèvement forcé. Résultat ? Un petit mot en trois langues pour l’informer que la municipalité est heureuse de l’accueillir, mais que ce qu’il a fait n’est pas très légal… Et pas d’amande ! Vous ne me croyez toujours pas ? Voici le texte authentique : « La station de Val d'Isère est heureuse de vous accueillir et vous souhaite un agréable séjour. Nous constatons toutefois que vous êtes en infraction. Nous vous demandons de bien vouloir changer votre véhicule de place et de regagner un parking autorisé (voir plan au dos). Un service de bus gratuit est à votre disposition. Nous vous remercions de votre compréhension et vous souhaitons un agréable séjour. La Police municipale ». C’est classe, la justice de classes ! Ceci dit, le jour où vous entendrez la police vous dire qu’elle est heureuse de vous accueillir à Créteil, au Blanc-Mesnil ou à Boboche, je vous conseille plutôt de décarrer sec. La tolérance zéro, la culture du chiffre, la quête des résultats policiers pour les travailleurs, les pauvres et les immigrés, l’indulgence pour les riches. C’est ça leur guerre contre la délinquance. Il est temps de riposter. Glop Lerouge Secrétaire de section

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Loppsi, Loppnon

le 27 avril 2011